Matrice d'écriture pour préparer la production éditoriale, par Martin Bohn

« comment ta pédagogie en stage d’écriture passe aussi bien en classe virtuelle que dans une formation en présentiel ? »

La voix est spontanée, douce, la question sincère. Mon client s’intéresse à l’option que je propose en ligne pour mes stages. Il veut sécuriser son agenda de formations en envisageant l’hypothèse d’un reconfinement pour COVID. Donc, garder l’option classe virtuelle pour un stage d’écriture à distance.

Je le rassure : « C’est la bonne surprise de ces classes virtuelles. La pédagogie passe aussi bien que dans un stage en présence. La nuance principale, c’est le plaisir de se réunir, de déjeuner ensemble. Voilà ce qui manque, en effet. »
Le lendemain, je me réveille avec sa question. Pourquoi ma pédagogie fonctionne si bien à distance, alors qu’elle remue les tripes ? Quand même, je demande aux stagiaires de plonger en profondeur pour travailler les ressorts d’écriture…

La réponse a été formulée plusieurs fois dans les évaluations en fin de formation : « Je suis surprise que ça ait si bien fonctionné seule devant mon ordinateur, confie cette stagiaire. Mais finalement, être chez moi m’a aidée. Parce que réussir tes exercices avec un groupe que je ne connaissais pas, je me demande si j’aurais osé affronter les regards pour lire mes textes en présence. »
Évidemment, la réponse est oui : tous mes stagiaires lisent leurs textes à voix haute. Tous sont impressionnés. Et tous réussissent.
Elle ajoute : « Je sais que la bienveillance du groupe m’a permis de me lancer. Merci pour ça. »

Cet aspect de bienveillance est une règle fondamentale que je pose au début du stage. Le respect et l’accueil de chacun, sans jamais juger la personne, ni ce qu’elle exprime. Sinon, ça bloquerait. Je travaille justement à détrôner le juge intérieur. Étape nécessaire pour encourager l’inspiration, obtenir l’écriture fluide d’une rédaction professionnelle. J’installe autour de mes stagiaires un cocon psychologique rassurant.

Un autre aspect permet la réussite des classes virtuelles : la distance. Cette notion est subtile, immatérielle, plus délicate à comprendre. La relativité de la distance. Voici comment. La seule distance qui compte, essentielle dans ma pédagogie, c’est l’écart avec ses propres émotions. Ce n’est pas la proximité du stagiaire voisin. Ce n’est pas de savoir si le formateur peut toucher mon épaule d’une main rassurante. Ça, c’est du confort pédagogique. Un de mes trucs pour accélérer le déblocage psychologique. La clé, c’est de réduire ce fossé entre le mental et l’émotion. Effacer la coupure qu’installe notre culture dès l’enfance, entre ce que je ressens d’intime et ce que je m’autorise à publier. Voilà la distance intérieure. Voilà la souffrance inconsciente qui réclame le soin. Cette distance, quand elle atteint un seuil pathologique, fait l’objet d’une pédagogie adaptée : guérir la peur de la page blanche.

Et puis, derniers indices pour expliquer la réussite des classes virtuelles :
– un rythme adapté pour rééquilibrer ses énergies en lâchant l’ordinateur,
– l’expérience du formateur.

Témoignages de stagiaires

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